Caritas Habitat, une société foncière pour construire la solidarité

Publié le 03/11/2017
France
 

Pour financer la construction d’immobilier à vocation sociale, le Secours Catholique a créé la Foncière Caritas Habitat. Un outil de finance solidaire qui vise notamment à mobiliser l’investissement pour des centres d’hébergement, crèches et autres logements à destination des plus précaires. Explication et rencontre avec le président de la Foncière.

 

ENTRETIEN AVEC Jean-Marc Roger, président de Caritas Habitat

 

 

Quelles sont les activités de Caritas Habitat ?


Caritas Habitat est une des dernières nées du réseau Réseau Caritas France : elle a été créée par le Secours Catholique en juillet 2015. Cette société foncière a pour principal objet de financer des biens immobiliers pour les mettre à la disposition des associations au prix d’un loyer le plus bas possible. Ainsi, la charge immobilière, dans le coût total des actions menées au bénéfice des plus démunis, est la plus faible possible.

Pour financer ses projets, Caritas Habitat a lancé une souscription de capital fin juillet 2017 après visa de l’Autorité des marchés financiers. Les souscripteurs sont des investisseurs solidaires, des institutionnels  et des particuliers.

En faisant appel à de l’investissement solidaire, on mobilise des capitaux propres investis sur le moyen ou long terme et qui ne cherchent pas à être rémunérés. On allège ainsi d’autant la charge du financement des activités immobilières en réduisant les investissements d’emprunt, ce qui permet des loyers 10 et 30 % inférieurs aux loyers d’un bailleur social classique. 
 

 

De quel type d’immobilier ont besoin les associations que vous accompagnez ?


Les associations gestionnaires de projets très sociaux ont bien sûr essentiellement besoin de logements mais pas seulement : il faut également des locaux d’accompagnement, qui permettent l’accueil et la réinsertion.

Si, par exemple, on veut aider à l’accueil, l'hébergement et l’accompagnement de femmes avec enfants dans la rue, il faut à la fois des logements adaptés à des familles monoparentales, mais aussi à proximité une crèche pour que les enfants soient gardés pendant que la mère cherche du travail... Cela fait partie du chemin de sa réinsertion.

Nous finançons des maisons relais - qui ont pour mission l’accueil sans limitation de durée de personnes au faible niveau de ressources dans une situation d’isolement ou d’exclusion lourde et dont l’accès à un logement autonome apparaît difficile à court terme, sans relever, toutefois, de structures d’insertion de type CHRS - des logements passerelle - qui permettent à des familles en situation de précarité de bénéficier d’un logement le temps de se stabiliser grâce à l'aide d'un travailleur social -, des centres d’hébergement et de réinsertion sociale, des boutiques solidaires, des crèches…

Et cela que ce soit à Paris et en région parisienne, mais aussi à Bordeaux, Toulouse, Marseille. Nos limites géographiques sont celles des associations que nous accompagnons.


 

Quelles sont les particularités de Caritas Habitat par rapport à d’autres foncières d’associations ?


L’une de ses grandes richesses est d’être membre du Réseau Caritas, qui fédère le Secours Catholique, l’Association des Cités, et d’autres associations qui agissent au bénéfice des plus démunis. Le réseau Caritas a une notoriété, une expérience et une autorité dans ce domaine.

Une autre spécificité partagée avec d’autres foncières très sociales : Caritas Habitat est constituée en société en commandites par action, c’est-à-dire qu’il y a une séparation entre détention du capital par les investisseurs solidaires et pouvoir d’agir au quotidien.

Ainsi, sur le long terme, la foncière ne peut pas voir son objet social remis en cause par les détenteurs de son capital. Seul le Secours Catholique a le pouvoir de faire évoluer cet objet social.

Enfin, dans le réseau Caritas, il y a une vraie séparation entre l’activité de la foncière Caritas Habitat qui est de financer des immeubles, ce qui mobilise des compétences immobilières et financières, et le métier - égamement très professionnel - de l’accompagnement des personnes en grande difficulté porté par les associations gestionnaires.

Ce n’est pas toujours le cas pour les autres systèmes, même pour ceux qui sont constitués en sociétés en commandites par action. Pourtant, selon moi, ces deux professionnalismes sont distincts mais très complémentaires.
 

 

Qu’attendez-vous du plan “Logement d’abord” présenté par la présidence de la République ?


Il y a une volonté réaffirmée de renforcer l’action en faveur de plus démunis et de ne pas se contenter d’une réponse d’urgence par des mises à l’abri qui n’aboutissent sur rien. Le discours tenu est celui de la mise en place d'un accompagnement complet des personnes en grandes difficultés, dont les migrants.

Nous espérons que cette volonté se traduira par des actions concrètes, ainsi que par un vrai encouragement et accompagnement du développement de l'Économie Sociale et Solidaire, qui nous est absolument nécessaire.
 

 

D'un point de vue plus personnel concernant votre parcours professionnel : avant de prendre la présidence de Caritas Habitat étiez-vous engagé dans la finance solidaire ?


Pas du tout ! J’ai essentiellement travaillé dans l’immobilier d’entreprise.J’ai passé les 9 dernières années de ma vie professionnelle comme directeur de l’immobilier de la SNCF avant de prendre ma retraite.

Pendant ce temps-là, par goût personnel, je suis devenu administrateur bénévole des filiales logements du groupe SNCF.

Depuis plus de 10 ans, je suis aussi administrateur d’une coopérative qui fait de l’accession sociale à la propriété. Et puis j’ai été pendant presque 6 ans administrateur de l’Association des Cités du Secours Catholique. J’ai donc cette fibre sociale.

Aussi, quand la foncière a été créée, il se trouve que je prenais ma retraite, j’ai donc accepté d’aider à la création et à la vie périlleuse des premières années de ce nouvel outil pour lutter contre la pauvreté… Ce que je fais avec un vrai plaisir !

 

 

 
Table ronde :  La finance solidaire dans l'accompagnement innovant de la lutte contre le mal-logement
Dans le cadre de la Semaine de la finance solidaire, la foncière solidaire CARITAS HABITAT organise, avec le soutien de Finansol, une demi-journée tables rondes sur le thème : La finance solidaire dans l'accompagnement innovant de la lutte contre le mal-logement :
le lundi 6 novembre dès 13h45,
 Cité du Secours catholique André Jacomet - CHRS l'Etape
17 Boulevard Ney, 75018 PARIS

Les débats permettront d’appréhender l’évolution des politiques publiques misent en place par l’État, les avancés et limites ainsi que la complémentarité des actions menées avec les acteurs de l’Économie sociale et solidaire dans le cadre de la lutte contre le mal-logement et l’exclusion.

14h / Table-ronde : « Le Logement d’abord, Quelle mise en œuvre et quels moyens ? »
Emmanuelle COSSE, ancienne ministre du Logement et de l’Habitat durable (Gvts. Valls et Cazeneuve)
Sylvain MATHIEU, délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement
Véronique FAYET, présidente du Secours catholique – Caritas France
Dominique MANIERE, directeur général de l’Association des Cités du Secours Catholique

15h30 / Table-ronde : « L’épargne solidaire : nouveau levier civique de lutte contre le mal-logement »
Marie-Noëlle LIENEMANN, sénatrice de Paris et ancienne ministre déléguée au Logement et au Cadre de vie (Gouvernement Bérégovoy) et secrétaire d’État au Logement (Gouvernement Jospin)
Sophie DES MAZERY, directrice de Finansol
Alice MOLL BOCHEREL, directrice générale de Caritas Habitat
Marina Bellot
Crédits Photos : © Christophe Argoes - Secours Catholique
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