Fin de la trêve : « Je vis avec la peur au ventre de me retrouver à la rue »

Publié le 30/03/2018
Ile-de-France
Fin de la trêve : « Je vis avec la peur au ventre de me retrouver à la rue »
 

Le 31 mars s’achève la trêve hivernale en France. Un million de personnes risquent d’être expulsées de leur logement et de vivre à la rue, alors qu’elles ont besoin d’un toit toute l’année. Le Secours Catholique dénonce cette « gestion au thermomètre ».

Fait absurde : certaines personnes sont pourtant reconnues prioritaires DALO, c’est-à-dire que l’État s’est engagé à les reloger puisqu’elles ne sont pas en mesure d’accéder au logement par leurs propres moyens. C’est le cas d’Ange (le prénom a été modifié), accompagnée par le Secours Catholique de Créteil. Témoignage.

« Cela fait un mois que j’ai reçu ces lettres qui m’ont mise dans un état second : l’une de la préfecture me priant de quitter mon studio à la fin de la trêve le 31 mars ; l’autre d’un huissier mandaté par mon bailleur social me demandant de prendre rapidement des dispositions pour quitter les lieux.

Je vis dans un studio d’un CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) depuis 2015 et c’est vrai que le contrat durait deux ans, mais je n’ai pas le choix. Je suis restée car je n’ai pas trouvé d’autres solutions de logement. Ils m’ont laissée tranquille cet hiver avec la trêve et là, ils me harcèlent. Pourtant, je paie mon loyer avec mon RSA et je touche les APL.

Je suis démolie. Je vis depuis avec la peur au ventre de revenir et de trouver mon appartement scellé. Qu’est-ce que je vais faire ? Je vais me retrouver à la rue ou alors demander à un copain de m’héberger mais j’ai l’impression de gêner. Ce sera la onzième fois que je suis obligée de quitter un endroit.

 

Je n’ose pas imaginer l’avenir. Je voudrais avoir juste l’assurance d’habiter quelque part – tout simplement de vivre.

 

Je n’ai rien fait pour mériter ça. Cela fait trente ans que je vis en France, je suis d’origine libanaise et j’ai la nationalité française. J’avais un mari haut placé, je vivais une vie de princesse, mais j’ai plongé dans la précarité à mon divorce. Je suis devenue une indésirable et tout le monde m’a tourné le dos.

Je ne trouve pas de travail, on me dit que je suis trop âgée ou trop diplômée. J’ai fait des demandes de logement social mais il paraît que je n’ai pas les moyens de payer un appartement. C’est absurde car j’ai été aussi reconnue prioritaire DALO en 2017, justement parce que je n’ai pas de ressources.

Du coup, j’ai une lettre qui me dit que la préfecture doit me reloger d’urgence. Je n’ai eu à ce jour aucune offre. C’est ridicule : d’un côté le préfet me demande de partir, de l’autre il doit me reloger. Le Secours Catholique m’a conseillé de faire un recours indemnitaire auprès du tribunal administratif et m’a donné des adresses d’avocats.
En attendant, je sors de chez moi avec la peur au ventre. Je n’ose pas imaginer l’avenir. Je voudrais juste avoir l’assurance d’habiter quelque part – tout simplement de vivre. »

 

Nos propositions pour lutter contre le mal-logement

Depuis sa création, le Secours Catholique est engagé dans des actions de lutte contre le mal-logement. Ce document de positionnement du Secours Catholique propose une analyse des causes du mal-logement en France et décline les propositions de l'association autour de deux enjeux majeurs : garantir une politique de logement ambitieuse et défendre un hébergement digne pour chacun.
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Propos recueillis par Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
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