Jeunes précaires : le pied à l'étrier pour s'insérer

Jeunes précaires : le pied à l'étrier pour s'insérer

Publié le 26/04/2018
Vosges
 

À Épinal, dans les Vosges, le Secours Catholique aide dix jeunes éloignés du marché du travail à se « remobiliser » grâce à des ateliers d’insertion. Sous contrat de travail, huit à dix heures par semaine, ces vingtenaires en précarité se forment au contact de bénévoles.

La machine tressaille, l’aiguille fuse, les points se referment : Adrien se coud un lapin doudou sous l’œil attentif de Maryvonne, bénévole. La couture est l’un de ses ateliers préférés : ça tombe bien, il a trois heures de « formation » ce jour-là, selon l’emploi du temps distribué en début de semaine.

Aujourd’hui âgé de 20 ans, Adrien a quitté l’école à 14 ans. « Ici, ça m’apporte un rythme, car avant, je ne sortais pas beaucoup », s’enthousiasme-t-il. « Ça m’oblige à me lever pour arriver à l’heure. Et la soif d’apprendre est revenue, ça faisait longtemps. »

À l’étage du dessous, Edalia, 19 ans, concocte un gâteau au yaourt dans le cadre de l’atelier cuisine. L’hiver, les plats préparés sont servis à des personnes d’Épinal en situation de précarité.

Elle confie : « Avant, je ne faisais rien. Là, ça m’occupe. J’apprends de nouvelles choses et ça m’ouvre. » Placée à l’âge de 16 ans, elle ne rêve maintenant que d’une chose : intégrer l’armée pour partir loin des « ondes négatives de (sa) famille ».

 
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Edalia : « J'apprends et je m'ouvre »
 

Comme Edalia et Adrien, les dix jeunes des ateliers d’insertion, âgés de 18 à 25 ans et au préalable identifiés par la mission locale, ont connu un décrochage scolaire précoce et sont loin du monde du travail.

Beaucoup n’ont plus de liens familiaux, et certains ont soit un handicap, soit des troubles psychiques, soit des problèmes d’addiction. « Tous sont isolés, complètement perdus, dans l’attente », note Jean-Marc Nicolle, animateur du Secours Catholique à Épinal. « Les ateliers les réaniment et leur offrent une bouffée d’oxygène. »

Informatique, vente dans la boutique solidaire, cuisine, peinture, jardinage : voici quelques uns des ateliers animés par une trentaine de bénévoles. Ils permettent parfois de révéler des talents cachés, mais surtout de réaliser une immersion professionnelle, en faisant découvrir aux jeunes ce qu’est un contrat de travail et ce qui en résulte en terme de rythme, de ponctualité mais aussi de rémunération.

 

Les ateliers sont une sorte de tremplin pour remobiliser ces jeunes en rupture familiale, scolaire et professionnelle.

Séverine Munsch, conseillère en économie sociale et familiale

Les jeunes sont ainsi payés au Smic (un salaire non cumulable avec les allocations, excepté la prime d’activité et les APL) selon le nombre d’heures réalisées. Les contrats renouvelables sont signés pour un mois, un jeune restant en moyenne sept mois.

« Les ateliers sont une sorte de tremplin pour remobiliser ces jeunes en rupture familiale, scolaire et professionnelle, se réjouit Séverine Munsch, conseillère en économie sociale et familiale de la mairie d’Épinal. Mais l’insertion professionnelle reste la priorité, d’où le faible volume horaire de travail pour réaliser des démarches à côté et les entretiens pour suivre ces démarches ».

 

Accompagnement

Chaque jeune doit en effet se rendre une fois par mois à la mission locale. Et un lundi par mois, des conseillères de la mission locale, de la mairie et du département – les trois structures qui soutiennent le projet – se réunissent avec les bénévoles du Secours Catholique pour faire le point avec chaque jeune.

« Tu sera à l’heure, cette fois-ci ? » Bernard, bénévole, taquine Arnaud qui explique qu’il passe un test en soudure cette semaine. « Montre que tu es intéressé et qu’on peut compter sur toi », lui conseille-t-il, « car la relation employeur – employé, c’est de la confiance ».

Pour le jeune homme de 24 ans, les ateliers sont avant tout un lieu de rencontre avec d’autres jeunes dans la précarité, comme lui : « Quand on est seul dans la galère, et qu’ont voit les autres qui s’en sortent, on se sent inférieur. »

 

C’est difficile de trouver un job quand on est dans un état de survie.

Gauthier, 21 ans

Après l’entretien, il file à l’atelier « vélo » pour réparer de vieilles bicyclettes et y retrouve Gauthier, 21 ans. Lui a touché la Garantie Jeunes pendant un an, ce qui lui a permis de faire des stages et de sortir de la rue.

Aujourd’hui, son revenu des ateliers lui sert à rembourser ses loyers impayés. Il ne mange souvent qu’un repas par jour.

Durant son entretien, la conseillère de la mairie lui explique qu’il a la possibilité d’obtenir des tickets d’aide alimentaire au CCAS. « Sans revenus, on ne peut pas vivre décemment et se projeter dans un emploi. C’est difficile de trouver un job quand on est dans un état de survie », estime Gauthier.

 
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Gauthier : « Difficile de se projeter »
 

Dans l’atelier voisin, ce sont Philippe, Mike et Anthony qui sont aux manettes d’un combiné à bois pour découper une planche. Nous sommes en menuiserie.

Anthony, 23 ans, a déjà travaillé deux ans en CDD avant de toucher le chômage : « Sans diplôme, c’est compliqué de trouver du travail. Déjà qu’il y a de moins en moins de postes et on demande trois à cinq ans d’expérience ! » enrage-t-il.

Philippe, le bénévole, est quant à lui optimiste et croit au relationnel : « À nous de détecter les compétences et savoirs - être de ces jeunes, de leur en faire prendre conscience et de leur faire gagner confiance en eux. »

Il cite le cas de Xaverine, jeune fille en difficulté scolaire, qui, après neuf mois d’ateliers, a trouvé un stage puis un CDI en tant que femme de chambre dans un hôtel. « Elle a gagné en joie », se réjouit Philippe.

 

À nous de détecter les compétences et savoirs - être de ces jeunes, de leur en faire prendre conscience et de leur faire gagner confiance en eux.

Philippe, bénévole au Secours Catholique

En 25 ans, sur les 600 jeunes passés par les ateliers d’insertion d’Épinal, 60 à 70 % ont trouvé soit un emploi (CDDs compris), soit une formation.

« Et même s’il n’y a pas de poste à la sortie, le gain de confiance, la création de liens, ce sont des choses auxquelles se raccrocher pour la suite », analyse Sandrine Ludot, conseillère en insertion socio professionnelle à la mission locale.

 

Jessica, elle, a peut-être trouvé un service civique dans un EPHAD. À 25 ans, après une enfance chaotique, placée en famille d’accueil, après de multiples CDDs à temps partiel et missions intérims, après des galères financières et des visites aux Restos du cœur, elle y croit :

« Je rêve d’avoir un travail fixe pour me poser dans la vie et me construire. Je veux pouvoir manger sainement, me payer un appart, me déplacer en voiture. Le travail donne tout ! Il crée un sentiment de bien-être dans la vie. Je le vois ici avec les ateliers. »

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique