En tournée dans les rues de Marseille

Publié le 20/01/2017
Marseille
En tournée dans les rues de Marseille
 

À Marseille, tous les soirs, des bénévoles du Secours Catholique vont à la rencontre des personnes à la rue. Des hommes, des femmes, des couples aux histoires singulières, et souvent un passé douloureux. Ces moments de solidarité sont aussi l'occasion d'échanges simples et chaleureux.

19 h au QG du Secours Catholique de Marseille. Dans la grande cuisine où les bénévoles s’activent pour débuter leur tournée à l’heure, un parfum de soupe chaude se répand et les spaghettis sont bientôt al dente.

Cela fait vingt-deux ans que la tournée de rue existe. « Elle avait lieu deux fois par semaine et depuis cinq ans, c’est tous les soirs. Cela demande une grosse organisation », indique Pierre Atlante, responsable de l’accueil mobile depuis douze ans, en montrant les plannings affichés au mur.

Et pour cause : ils sont pas moins de 120 bénévoles à se relayer pour assurer, tous les jours de la semaine, le bon déroulement de l’action. « Au total, précise Pierre Atlante, 80 font les tournées et 40 s’occupent de la logistique. »

Ce soir, des élèves d’un lycée privé de Marseille accompagnent les bénévoles dans leur tournée. Ils ont préparé avec soin des colis remplis de savons, de rasoirs, de vêtements, de friandises, et même de dessins et de poèmes.
 

Si je ne lis pas, je deviens fou...


19h45. Les coffres des voitures sont pleins à craquer, la tournée peut commencer. Le trajet, qui couvre le secteur Grand Sud/Canebière, compte plusieurs points de rendez-vous où bénévoles et personnes sans abri se retrouvent chaque soir à heure fixe. « Le CCAS a divisé la ville en trois grands secteurs que nous nous partageons avec les Restos du cœur et la Croix-Rouge », précise Pierre Atlante.

Plusieurs boulangeries donnent leurs invendus – du pain bien sûr et parfois davantage, comme ce soir  : les bénévoles repartent souriants avec de larges parts de pizza qui viendront compléter les denrées qui seront distribuées : la soupe et les pâtes, mais aussi des bouteilles d’eau, des boissons chaudes, des biscuits, des couvertures…

Les bénévoles ont également des attentions particulières, comme pour ce vieux monsieur à qui ils ont apporté un livre. « Si je ne lis pas, je deviens fou... », leur confie-t-il en les remerciant.

 

Tournée de rue à Marseille pour Noël

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Tous ont des histoires singulières

Des hommes, des femmes, des couples, des très jeunes et des beaucoup plus âgés… Ils sont une centaine chaque soir à bénéficier de ces tournées, et encore davantage l’été, période où l’on vient chercher dans le Sud des petits boulots de saisonniers. Tous ont des histoires singulières, un passé douloureux.

L’objectif est d’“aller vers”, de créer du lien et de profiter de la confiance tissée peu à peu pour les écouter et les orienter vers l’accueil de jour de Béthanie ou à l’hôpital Saint-Joseph, qui met à la disposition du Secours Catholique une pharmacie et des médecins bénévoles une fois par semaine.
 

Jamais je n’aurais pu imaginer que j’en arriverais là.


Ce soir-là, l’équipe croise de nombreux visages connus. Il y a un ancien gendarme, mis à pied à cause de problèmes d’alcool. L’homme, accompagné de ses deux chiens, s’est aménagé tant bien que mal un espace “à lui”, avec quelques matelas, cartons et couvertures.

« Pendant que je faisais la manche tout près d’ici il y a quelques jours, on m’a pris toutes mes affaires… Pourtant je ne gêne personne ! » enrage-t-il. Après quelques mots échangés et le don d’un manteau chaud, il faut déjà repartir.

un geste, un regard, un sourire

Plus loin, devant l’imposant palais de justice, plusieurs petits groupes de personnes discutent en attendant les bénévoles.« Bonjour Monsieur ! Vous avez eu votre colis ? Vous voulez des papillotes (confiseries locales) ? » demande joyeusement la petite bande d’adolescents qui, au fil de la soirée, a pris de l’assurance et se presse pour savoir si personne ne manque de rien.

« Je me souviens des moments heureux en famille, jamais je n’aurais pu imaginer que j’en arriverais là », dit un homme en secouant la tête. « J’ai traversé une très mauvaise passe, mais je suis en train de me reprendre. Et voir cette solidarité… c’est magnifique. » Avec certains – pour la plupart des hommes venus d’Europe de l’Est – le contact passe par un geste, un regard, un sourire.

Partout, les échanges sont chaleureux et les remerciements émus. Le plus jeune des apprentis bénévoles, âgé d’à peine 14 ans, en est tout retourné : « C’est bizarre, mais j’ai l’impression qu’en fait on reçoit plus qu’on ne donne. On reçoit de l’amour. »

Marina Bellot
Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique
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