Au Bangladesh, le défi du vivre-ensemble

Publié le 27/11/2017
Bangladesh
Au Bangladesh, le défi du vivre-ensemble
 

Après trois jours en Birmanie, le voyage du pape François se poursuit au Bangladesh du 30 novembre au 2 décembre. Dans ce pays où les populations autochtones déjà très nombreuses et souvent très pauvres viennent d'accueillir plus de 600 000 réfugiés rohingyas, la Caritas met en pratique un programme de « développement intégral ».

 

Entretien avec Francis Atul Sarker, directeur de Caritas Bangladesh

 

Caritas Bangladesh a un programme appelé « Harmony », que nous traduisons au Secours Catholique par le « Vivre-ensemble ». Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce programme et comment il est mis en œuvre ?


Caritas Bangladesh est le bras social de la Conférence épiscopale catholique du Bangladesh (CBCB). Nous sommes guidés par les valeurs et les principes du « vivre-ensemble » qu’on peut aussi appeler « le développement intégral » si on se réfère à l’encyclique Populorum progressio du pape Paul VI.

Notre principe est de tisser et de consolider des liens entre nos différentes communautés, en intégrant leur identité culturelle et leur histoire (comme celle des Bengalis, des Rakaines et autres minorités ethniques) à l’unité nationale et au vivre-ensemble religieux.

Nous devons faire face à de nombreuses situations difficiles et nous travaillons sur plusieurs situations : le changement climatique, auquel nous sommes tout particulièrement exposés ; les revenus des agriculteurs, des travailleurs du vêtement et des travailleurs migrants ; ainsi que l’accueil des réfugiés et des personnes déplacées.
 

Sur le Bangladesh, lire aussi : « Des migrants environnementaux déracinés »


Tout membre du personnel de Caritas Bangladesh est axé sur le développement intégral. Celui de chacun comme celui de tous. Dans nos programmes, nous veillons à protéger la dignité de chaque être humain, à rendre effective l’égalité entre hommes et femmes, à responsabiliser les uns vis-à-vis des autres selon leurs liens familiaux ou sociaux.

Notre leitmotiv et notre façon d’agir restent la coopération, la coordination et le soutien mutuel. En agissant ainsi, nous nous sommes rendus compte que cela génère de nouvelles idées, que d’autres conçoivent de nouvelles formes d’engagement, certains partageant leurs compétences et leurs connaissances pour assurer le succès d’une activité commune.

Plusieurs partenaires nationaux et internationaux soutiennent notre travail, financièrement ou techniquement. C’est ainsi que nous mettons le vivre-ensemble en pratique.
 

Quel est le lien entre ce programme et la visite du pape ?


La visite du Saint-Père est la source de notre inspiration. Son amour pour les pauvres, son rôle prophétique dans le changement climatique, son appel à prendre soin de la Création (encyclique Laudato si), sa position sans équivoque sur la question des réfugiés et des migrants, son amour pour « le petit troupeau », tout cela rafraîchit notre engagement à offrir aux pauvres le meilleur de nous-mêmes.
 

Parmi les personnes dont vous prenez soin, il y a des Rishis, des Rakaines et des Rohingyas. Avez-vous une approche différente envers ces communautés ?


Les valeurs et les principes de Caritas dans le travail effectué auprès des Rishis et des Rakaines sont les mêmes. Nous ne faisons aucune différence. Nous mettons en valeur la participation et la représentation de chacune de ces communautés et tous nos programmes sont le résultat de l’analyse des besoins de ces communautés, ce qui suppose l’implication de certains de leurs membres.

Caritas Bangladesh encourage également le développement des « communautés de base » qui permettent à des membres de ces communautés de faire de l’autogestion et de faire avancer le développement en menant des actions de plaidoyer, de lobbying, de réseautage auprès des gouvernements locaux, en promouvant les droits de l’homme, etc.

En ce qui concerne les Rohingyas, notre principale activité consiste à offrir des services humanitaires. Au 22 novembre 2017, Caritas Bangladesh a aidé 40 000 familles, soit près de 240 000 personnes, en apportant un soutien alimentaire en distribuant des produits alimentaires tels que sucre, huile, sel, lentilles, allumettes, etc., ainsi que des produits non alimentaires (ustensiles de cuisine, cuillères, bidons, etc.) à 10 000 bénéficiaires. Et comme l’hiver est proche, nous leur avons également distribué 10 000 couvertures.

Notre prochaine activité auprès des Rohingyas consiste à les aider à rénover leurs abris, à se procurer de l’eau potable et à disposer de sanitaires, à gérer également des espaces pour enfants. Ces services aux réfugiés sont fournis tout en promouvant les valeurs d’un soutien mutuel et en prônant l’idée d’être « responsables les uns les autres » afin d’éviter de devenir individualiste.

Lire aussi : « Rohingyas : urgence humanitaire pour des milliers de familles »

Quelles sont les difficultés rencontrées ?


La réponse humanitaire aux réfugiés est complexe et comporte plusieurs dimensions. Nous devons protéger les femmes et les enfants, c’est une priorité. L’accès à l’eau et les services d’assainissement pour une population aussi importante dans une zone aussi petite est une difficulté majeure pour toutes les ONG nationales et internationales aussi bien que pour les Nations unies. 

Sur le long terme, le défi est de nourrir un million de personnes supplémentaires. Cela risque de poser des problèmes auprès de la population hôte, déjà pauvre. Le défi le plus important est donc d’assurer sur le long terme la sécurité alimentaire, le logement, la santé, etc.
 

Quels genres de problèmes devez-vous affronter ?


Au début, les réfugiés s’installaient où bon leur semblait. Il était difficile d’accéder jusqu’à eux et de leur apporter de la nourriture et d’autres services, car ils étaient toujours en mouvement.

Actuellement, les distributions sont devenues plus systématiques et sont mieux cadrées. Les principaux défis à relever aujourd’hui sont ceux de la distribution de vêtements chauds à l’approche de l’hiver, de l’accompagnement psycho-social des femmes et des enfants traumatisés, et la création de points d’eau potable et d’assainissement.
 

Votre travail se fait-il en coordination avec le gouvernement ?


Tout notre travail est approuvé par le gouvernement, que nous tenons informé de nos programmes.
 

Qui finance vos programmes ?


Nos principaux partenaires financiers sont les membres de Caritas Internationalis comme Caritas France (Secours Catholique), Caritas Allemagne, Caritas Luxembourg, Caritas Suisse, Caritas Grande-Bretagne (Cafod), Caritas États-Unis (CRS), Caritas Pays-Bas et bien d’autres.

Jacques Duffaut
Crédits photos : © Gaël Kerbaol/Secours Catholique
Deux femmes discutent
Plus d'informations
Migrants
# sur le même thème