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"Ma P'tite Échoppe" : la mixité dans le panier

« Ma P'tite Échoppe » : la mixité dans le panier

Temps de lecture
7 minutes
Hauts-de-Seine
Diaporama sonore : Marlène, de la galère à l'engagement
Le témoignage de Bruno, coordinateur
Chapô
Sociale, solidaire et coopérative : Ma P’tite Échoppe ne manque pas d’atouts. Ouverte depuis 2019 à Antony, en région parisienne, sous l’impulsion du Secours Catholique, cette épicerie propose des produits de qualité à des prix adaptés aux ressources de ses clients. Elle se veut aussi un lieu de vie où la participation de chacun est encouragée, avec une ambition : favoriser la rencontre des populations.
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9 heures, un mardi, quartier Pajeaud, à Antony. Ma P’tite Échoppe n’a pas encore levé son rideau de fer mais Michel et Marlène, « adhérents actifs » sont entrés par l’arrière du magasin. Ce sont eux qui assurent ce jour-là la mise en route de l’épicerie, avec Bruno, salarié coordinateur. Ils sont bientôt rejoints par d’autres bénévoles : Véronique, Pia, Emmanuelle, Monique… « Dès qu’on arrive, on bosse ! », commente Marlène, amusée. 

C’est sans tarder mais dans la bonne humeur que chacun revêt son tablier customisé et s’acquitte des tâches incontournables avant l’ouverture. Marlène et Véronique réapprovisionnent les présentoirs à fruits et légumes (d’un côté le bio, de l’autre le conventionnel) et redonnent du peps à quelques salades et choux un peu flétris. « C’est ce que les clients voient en premier en entrant, alors ils doivent faire envie ! » indique Véronique, un couteau à la main, et une tasse de café pas loin pour finir de se réveiller. 

Nous avons une organisation horizontale : il n’y a pas de responsable. On apprend tous sur le tas.

 

Ma P’tite Échoppe vient de démarrer, mais les rituels (réception des livraisons, mise en rayon des produits, commandes…) sont rôdés. À chaque journée son planning – l’épicerie est ouverte 6 jours sur 7 –, et des bénévoles inscrits pour le prendre en charge. « C’est un investissement conséquent car il faut que ça tourne, souligne Michel, informaticien de métier, missionné sur le pôle des caisses. « Nous avons une organisation horizontale : il n’y a pas de responsable. On apprend tous sur le tasEt même s’il y a beaucoup de points à améliorer, on se débrouille pas mal ! » Sous sa houlette, Pia s’apprête justement à jouer pour la première fois l’apprentie caissière. « Il faut être polyvalent, même si les chiffres, ce n’est pas trop mon truc ! », sourit la sexagénaire.

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Ma P’tite Échoppe
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C’est par une annonce dans le journal que Pia, habitante d’Antony, a découvert le lancement de Ma P’tite Échoppe. « Ce projet m’a emballée pour plusieurs raisons »explique-t-elle, citant sa préoccupation pour l’écologie, l’alimentation bio et le niveau de vie des agriculteurs sapé par la grande distribution classique. « Aussi parce que je nourris une réelle préoccupation envers les plus exclus, qui ont droit à une nourriture saine et de qualité, et parce que j’étais un peu déprimée par notre société. L’engagement dans ce projet m’a redonné de l’énergie, de l’espérance ! ». 

faire les courses comme tout le monde

Pia n’est pas la seule à s’être laissée embarquer dans une aventure collective née en 2015. C’est au sein du "Village", l’épicerie solidaire fondée en 2004 par le Secours Catholique à proximité du centre-ville d’Antony, que l’initiative a incubé. Les bénévoles du lieu ont sondé les attentes des 70 familles en précarité qui s’y approvisionnaient une fois par semaine à très petits prix. « Elles nous ont répondu qu’elles souhaiteraient avoir plus de choix dans les produits, explique Monique, l’ancienne responsable du "Village", et surtout qu’elles rêvaient de faire leurs courses comme tout le monde, quand elles le voulaient, dans un lieu qui ne soit pas réservé aux seules personnes en difficulté ». 

Les valeurs du projet rejoignaient complètement les miennes : solidarité, circuit-court et lien social.

 

Pour inventer une nouvelle formule en adéquation avec ces souhaits, l’équipe - entraînée par Fanny Pujo-Sausset aujourd’hui directrice de Ma P’tite Échoppe - organise des « apéros-projets » pendant plusieurs mois. L’objectif en est de fédérer un collectif d’habitants autour de ce que sera la future épicerie : coopérative, solidaire et, surtout, ouverte à tous. « J’ai été surprise que le Secours Catholique porte ce genre d’initiative »se souvient Véronique. Cette ancienne déléguée syndicale dans une grande entreprise publique a découvert l'idée au forum des associations et, séduite, a assisté à l’un de ces apéros, avant de s'engager. « En fait, les valeurs du projet rejoignaient complètement les miennes : solidarité, circuit-court et lien social. Ça me ressemblait ! ».

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Ma P’tite Échoppe
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Répartis en groupes de travail – préfigurant la gouvernance collective adoptée pour piloter le magasin et la structure associative qui le porte -– les volontaires planchent sur le modèle : l’épicerie proposera une gamme très large de produits, allant de références bio et d’épicerie fine à des produits conventionnels à prix doux, voire bas. C’est le groupe des "Acheteurs" qui s’occupe d’identifier les fournisseurs (grossistes conventionnel et bio, maraîcher bio du Val-de-Loire, ferme en Seine-et-Marne, réseau des Jardins de Cocagne etc.). 

modèle économique

Le mot d’ordre est la mixité, des produits comme des clients. Car Ma P’tite Échoppe veut compter parmi ses habitués des personnes en précarité qui paient, à la caisse et en toute discrétion, en fonction de leurs revenus (10 ou 30 % du prix réel). Pour équilibrer le modèle économique, Il lui faut aussi attirer des familles aisées qui, elles, s’acquittent de 100 % du prix. Le quartier Pajeaud se prête bien à l’expérience, avec ses tours de logements sociaux qui jouxtent des pavillons rachetés par de jeunes actifs.

Dès la phase de réflexion, la participation de personnes en situation de précarité est favorisée. Marlène a été de celles-là. D’abord accueillie au « Village » pendant une période de difficultés financières, elle y devient bénévole, puis s’engage dans le projet de Ma P’tite Échoppe. « Quand je dis que j’ai connu le projet comme ça, comme ancienne accueillie, ça surprend ! », relève-t-elle. Aujourd’hui que le magasin est devenu réalité, la sexagénaire pleine d’entrain s’investit à fond. En plus des créneaux opérationnels qu’elle assure chaque semaine, elle participe à l'un des groupes transversaux (achats, logistique, agencement, animation, communication…) et siège au conseil collectif qui débat des grandes orientations.

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Il est 10 heures. Les premiers clients se montrent. Des curieux, comme Viviane, qui vient d’emménager dans le quartier et qui a tout de suite repéré l’adresse pour ses étals de légumes bio. La petite trentaine, Éléonore, mère de trois enfants, vient, elle aussi, en quasi voisine. « J’ai vu l’enseigne en passant, explique-t-elle. C’est encore petit, mais c’est un beau projet ! Les fruits et légumes proposés sont de saison, c’est bien. » Catherine, habitante du quartier depuis 33 ans, ne tarit pas d’éloges : « Je suis admirative de ce projet ! Moi, je ne suis pas au franc près, je peux bien payer un peu plus cher pour que tout le monde puisse profiter de bons produits. J’ai l’intention d’être une bonne cliente, j’irai moins à la supérette d’à côté ! ».

Moi je peux me contenter d’une soupe, mais mes enfants ont besoin de repas équilibrés.

 

Pour Myriam, jeune maman en pleine séparation et qui rencontre de grandes difficultés financières, c’est la première visite. Elle bénéficiait jusque-là des paniers à petits prix du « Village ». Elle vient s’inscrire comme adhérente du nouveau magasin. Sa carte va lui permettre de bénéficier du tarif solidaire. « C’est pratique car c’est juste à côté de chez moi, apprécie-t-elle. Je connais des personnes qui font la moitié de leurs courses ici, et l’autre moitié au magasin low-cost d’à côté ». Pour la mère de famille, l’accès à une nourriture de qualité, en dépit de ses faibles ressources, est primordial. « Moi je peux me contenter d’une soupe à cinquante centimes, mais mes enfants de 4 et 5 ans ont besoin de produits laitiers et de repas équilibrés. ».

une autre façon de consommer

À son ouverture en février, Ma P’tite Échoppe comptait déjà 450 adhérents, dont 50 à tarifs aidés, et 80 « adhérents actifs » qui font tourner le magasin aux côtés de la directrice de la structure, du coordinateur du magasin et d’une stagiaire. Ce bon démarrage est plus qu’encourageant. Coordinateur, Bruno a lâché son ancien métier dans le prêt-à-porter pour se lancer dans l’aventure. Il croit dur comme fer à l’avenir du modèle. « Il va perdurer et se démultiplier. C’est une autre façon de consommer et de prendre soin de celui qui, à un moment donné rencontre des difficultés. »

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Afin de transformer l’essai, le défi de la mixité sociale est, selon Fanny, la directrice, le challenge numéro un à relever. À cet égard, la pleine participation des personnes en précarité est un objectif-clé : l’enseigne ne doit pas être perçue comme réservée à une clientèle qui possède déjà les codes. « Des personnes en précarité commencent à devenir bénévoles ; des bénévoles qui sont en galère donnent de leur temps, constate-t-elle déjà. Le magasin est un lieu qui, pour certains, doit permettre de rompre la solitude, pour d’autres de réapprendre à travailler en équipe, de se remettre en route etc. » 

ateliers de cuisine, sophrologie, couture...

Pour réussir ce pari, Ma P’tite Échoppe s’appuie sur l’organisation d’ateliers, dans l’espace collectif situé au cœur du magasin. Chaque semaine, le planning se remplit : échecs, sophrologie, couture, cuisine asiatique, informatique… Les animateurs de ces ateliers sont des adhérents, désireux de faire partager leurs talents et compétences. Parmi eux, Fadia, réfugiée syrienne et professeure d’anglais dans son pays, qui anime des cours de langue, ou encore Christine, qui rencontre des difficultés, et qui s’est lancée dans un atelier couture.

« Je suis étonnée de toutes les compétences et de tous les talents qu’ont les personnes, savoure Véronique. Et je suis agréablement surprise que les gens se montrent aussi intéressés par l’aspect lien social du projet. Ça réconcilie avec le genre humain ! La solidarité n’est pas vaine : on peut encore faire bouger les lignes ! ». 

 

À noter : Ma P'tite Échoppe bénéficie du soutien financier du Secours Catholique, ainsi que d'autres partenaires (Ville d'Antony, Région Ile-de-France, fondations privées...)

Pour en savoir plus : rendez-vous sur Ma P'tite Échoppe

Crédits
Nom(s)
Crédits photo : ©Gaël Kerbaol / Secours Catholique
Nom(s)
Clarisse Briot
Fonction(s)
Reporter
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