Pierre Favre, la voix solidaire : « Une aventure passionnante »

Var
Chapô
Après avoir traversé de douloureuses épreuves, l’ancien chanteur des Garçons bouchers donne aujourd’hui de la voix pour ceux que l’on n’entend pas. Engagé au Secours Catholique, il a fait de son “chemin de pauvretés” une force, qu'il met au service de ces exclus dont il se sent si proche. Témoignage.
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« Après avoir traversé de douloureuses épreuves, l’ancien chanteur des Garçons bouchers donne aujourd’hui de la voix pour ceux que l’on n’entend pas. Engagé au Secours Catholique, il a fait de son “chemin de pauvretés” une force, qu'il met au service de ces exclus dont il se sent si proche.  Il est des chemins de vie plus sinueux que d’autres. Celui de Pierre Favre est assurément surprenant. Ancien chanteur du groupe punk Les Garçons bouchers, l’homme, barbe grise et impressionnants tatouages, est entré au Secours Catholique du Var en 2002, après la disparition de sa femme.

« J’avais besoin d’être utile », explique-t-il sobrement. Très vite, il s’occupe de la comptabilité, puis s’implique jusqu’à prendre la tête de l’équipe locale. Aujourd'hui, sa vie est tout entière consacrée à aider les personnes en précarité. En 2014, il a rejoint le groupe des Sans-Voix pour porter la parole de « ceux qu'on n'entend jamais » et que lui écoute au Secours Catholique. Pierre Favre va également à la rencontre de jeunes dans les lycées : « Avec la tête que j’ai, ils tendent l’oreille, je leur raconte les bêtises que j’ai faites et comment j’aurais pu les éviter. J’en profite pour les sensibiliser à la solidarité. » Belle revanche pour celui qui, à leur âge, était un adolescent pétri de complexes.

Pierre Favre

Le jeune Pierre grandit à Lyon, rue de la Charité, dans une famille aimante. Son père travaille dans le bâtiment, sa mère tricote de la layette « pour mettre du beurre dans les épinards ». C’est elle qui lui transmet son goût pour la chanson. « Je l'entendais chanter tout le temps. Alors, sur le trajet de l’école, moi aussi je chantais. » Cette légèreté ne dure pas. « J’ai perdu mes cheveux à 15 ans, j’ai eu de l’acné… J’avais un manque de confiance en moi terrible. » Il se met à traîner dans les rues, s'enfonce dans le mal-être.

Et puis, dans un moment de détresse, il se surprend à appeler au secours en se tournant vers le ciel : « J’étais baptisé, j’étais allé au catéchisme, mais ça s’arrêtait là. Et puis étrangement, ce personnage du bon Dieu est apparu et je me suis confié à lui. Les choses ont commencé à aller mieux. » Une première rencontre fait basculer le cours de sa jeune existence : « Je connaissais un gars qui bossait dans les archives, il m’a tendu la main : il a proposé de m’embaucher à Paris, m’a trouvé un appartement porte de Pantin. Ça m’a sauvé la vie. »

À 24 ans, le Lyonnais débarque donc à Paris, avec la ferme intention de ne pas décevoir son sauveur. La semaine, il s’impose une discipline stricte, “métro, boulot, dodo”. Pendant ses trois heures de transport quotidiennes, il jette ses révoltes sur des bouts de papier, composant sans le savoir ses premières chansons. Le week-end, il trompe sa solitude en retrouvant les quelques connaissances qu’il a à Paris, des punks un peu paumés comme lui. « Le premier week-end, je me suis retrouvé dans les catacombes. Puis j’ai commencé à aller à des concerts. Et un jour, un petit punk, Drunk, me dit : “j’ai une guitare, on pourrait monter un groupe”. On trouve Riton, le bassiste. Et voilà comment est né BBDoc. » Le groupe connaît un petit succès, mais Pierre est toujours rongé par un mal-être indicible. Pour l’exorciser, il se marque au fer rouge, se fait inscrire dans le dos “Sapu”, son nom de scène.  

Il y a un trésor en chaque homme, à découvrir soi-même, et à aider les autres à découvrir. Quand on est dans cette démarche, les rencontres sont profondes.

 

Derrière le credo punk “No future”, Pierre brûle de connaître l’amour. « Faites que je vive au moins une histoire avant de mourir », prie-t-il secrètement, car il n’imagine pas dépasser la trentaine. « Et puis un couple de fans nous invite chez lui pour un jour de l’an. Je rencontre leur fille, Géraldine. » L’attirance est immédiate – et réciproque. Tout s’enchaîne : la jeune fille s’installe chez lui, et c’est un monde inconnu qui s’ouvre à lui. « Elle me dit : “je veux plein d’enfants”... Je suis fasciné, c’est le paradis. »

Le bonheur sera de courte durée : leurs rêves d’avenir sont brutalement brisés quand Géraldine découvre par hasard, en 1988, sa séropositivité. Pierre apprend dans la foulée qu’il a lui aussi contracté le virus. « J’avais connu le monde de la rue. On découvre le monde de l’hôpital. Comme un chemin de pauvretés… » Une nouvelle rencontre en forme de main tendue vient alors bouleverser à nouveau la vie de Pierre : François Hadji-Lazaro, le fondateur du groupe Les Garçons bouchers, lui propose d’en devenir le chanteur. L’aventure durera sept ans.

Le malheur le rattrape vite : Géraldine développe le Sida. C’est le début d’un calvaire de plusieurs années : encéphalite, cancer de l’utérus… Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ils passent les dernières semaines collés l’un à l’autre, fusionnels. « Ce sont les plus grands moments de ma vie... On a connu l’agapé. »

Le soir de sa mort, Pierre ouvre par hasard un petit livre de prières, en lit une de Thomas d’Aquin. « Et tout à coup, j’ai une clairvoyance incroyable, chaque mot prend une multitude de sens. Je me dis que je sombre dans la folie. Le lendemain, je reprends le livre, il ne se passe rien, mais je relis cette prière et je la trouve belle. C’est devenu une nourriture. » Aujourd’hui adjoint d’un aumônier du Var, Pierre s’efforce d’amener chacun à se lancer à la recherche de son « être spirituel ». « C’est une aventure difficile mais passionnante, comme l’est une rencontre amoureuse. »

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Les Sans-VoixRemets-moi du Ketchup!
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Remets-moi du Ketchup !, par Les Sans-Voix
Crédits
Nom(s)
Marina Bellot
Fonction(s)
Journaliste rédactrice
Nom(s)
Elodie Perriot
Fonction(s)
Photographe
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