Jean-Yves : un ballon pour la rencontre

Jean-Yves : un ballon pour la rencontre

Publié le 14/12/2017
Auxerre
 

Entraîneur de l’équipe de football du Secours Catholique d’Auxerre, Jean-Yves Guérault a fait de sa passion pour le ballon rond un outil pour la rencontre et le vivre ensemble où les personnes en difficulté goûtent un moment de répit. Portrait. 

Lorsqu’il promène sa fine silhouette dans la Zup des Hauts d’Auxerre, les habitants s’approchent de lui, l’entourent, lui serrent la main et lui demandent comment il va. Jean-Yves est connu ici comme le loup blanc. Un loup, solitaire et affable, doté d’une crinière poivre et sel et d’une barbe touffue qu’il taille tous les 36 du mois.

Si Jean-Yves est si populaire, c’est qu’il a passé sa vie d’adulte à Auxerre. Et surtout parce qu’il entraîne depuis quatre ans l’équipe de football du Secours Catholique local. « Le football est ma raison de vivre, déclare-t-il. Ma vie tourne autour du ballon rond. J’ai commencé à jouer dans la rue avec les enfants de mon âge. Puis j’ai joué en semi-professionnel jusqu’à l’âge de 30 ans et aujourd’hui, à 53 ans, je continue à jouer tout en entraînant les autres. »

En 2007, le bruit court que le Secours Catholique monte une équipe de football. On recherche des joueurs. « Je me suis présenté, se souvient-il. Et j’ai fait la saison complète avec eux. Nous étions licenciés et nous avons participé à la sélection de l’équipe de France des sans-abri. » Deux de ses coéquipiers partent jouer la coupe du monde au Brésil.

Jean-Yves s’attache à cette équipe. Une équipe qui connaît des aléas, disparaît un moment et qu’il fait renaître à la fin de 2013, quand il décide d’assurer lui-même l’entraînement les lundis soir au stade municipal des Brichères tout proche.
 

Il veut de l’émulation, des rencontres


Pour motiver ses troupes, Jean-Yves, épaulé par les animatrices du Secours Catholique, engage son équipe dans les tournois. Il est féru de championnats de 2e division, celle où les joueurs mouillent vraiment le maillot. Il veut de l’émulation, des rencontres.

En 2016, son équipe participe à Paris à la première Caritas Cup, lors du 70e anniversaire du Secours Catholique. Enthousiasmés, les joueurs décident d’accueillir la coupe sur leur terrain le 1er juillet 2017. « Pas de chance, il pleuvait, relate Jean-Yves. On a joué dans la gadoue, mais on a tenté de faire aussi bien qu’à Paris. »

Ce jour-là, l’équipe de Seine-Saint-Denis remporte le tournoi, mais Jean-Yves gagne la considération de ses joueurs et des autres mordus de foot du Secours Catholique. Pourtant, derrière l’entraîneur, l’homme reste mystérieux.

Jean-Yves n’aime pas parler de lui. Tout juste concède-t-il qu’il est né à Soucy, petite ville à une quarantaine de kilomètres au nord d’Auxerre. Il est le septième d’une fratrie de 11 enfants dont le père est agriculteur. Très tôt, il se retrouve à Auxerre où il est scolarisé.
 

Ça fait six ans que je ne fais plus de conneries. Ou j’arrêtais l’alcool ou je perdais mes enfants.

Jean-Yves

À 16 ans, il est apprenti maçon. Un métier qu’il exerce une vingtaine d’années avant de tout abandonner. « Ça s’est mal passé, dit-il. J’étais alcoolique. J’étais amoureux de ma femme. Elle est partie. »

De cette première union sont nés quatre fils, aujourd’hui âgés de 16 à 24 ans, qu’il chérit plus que tout. C’est pour eux qu’il cesse de boire. « Ça fait six ans que je ne fais plus de conneries. Ou j’arrêtais l’alcool ou je perdais mes enfants. »

Les deux aînés viennent parfois aux entraînements du lundi soir. Après la rupture, Jean-Yves vit de nouveau en couple avec une autre femme, mère d’une petite fille qu’il considère comme la sienne. Mais très vite il se retrouve à nouveau seul, cette fois à la rue.

« La rue ne me fait pas peur, assure-t-il. J’y ai passé quatorze ans. » De cette expérience que beaucoup vivent douloureusement, Jean-Yves ne garde pas un mauvais souvenir, même s’il admet qu’elle l’a physiquement abîmé. Depuis trois ans, il vit en appartement. Cela ne semble pas faire de différence.
 

 Mon appartement, je l’appelle “mon squat”. Je vis tout le temps dehors

Jean-Yves

« Mon appartement, je l’appelle “mon squat”. Je vis tout le temps dehors. J’y dors, mais je ne mets jamais le chauffage. J’ai l’habitude de dormir au froid. Un mois après être entré dans cet appartement, j’ai attrapé un abcès au poumon. Je suis resté un mois et demi à l’hôpital. »

Reconnu handicapé à 70 %, Jean-Yves vit de l’allocation aux adultes handicapé. Cela lui interdit bon nombre de métiers, mais pas tous. « Je peux encore prétendre à un travail protégé. Il existe une usine où on fabrique des jouets. J’aimerais bien y être embauché. »

Depuis quelques mois, il peint sur des feuilles de papier Canson : une peinture figurative inspirée d’images choisies avec soin sur Internet. Une activité de solitaire. Il a exposé deux fois et prépare une troisième exposition.

Toutefois la grande ambition de Jean-Yves est de développer l’équipe d’Auxerre, en montant par exemple une équipe féminine, ou même une équipe mixte. « Et d’emmener mes joueurs, dont certains sont extraordinairement bons, en coupe de France. »

 
Jean-Yves : un ballon pour la rencontre
« À Auxerre, heureux de jouer ensemble »
Jacques Duffaut
crédit photo : © Xavier Schwebel/Secours Catholique
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