Un café pour redonner confiance

Publié le 13/10/2017
Un café pour redonner confiance
 

À Hénin-Beaumont, le Secours Catholique propose tous les vendredis matin un petit déjeuner qui permet à des sans-abri de profiter d’un moment chaleureux et d’accéder à un lave-linge – et bientôt à des douches. 

« Un peu plus de café ? Vous voulez un croissant ? » Claude, Joël, Michèle, Emmanuel… La petite équipe de bénévoles de Hénin-Beaumont s’active dans les vastes et lumineux locaux où elle a emménagé il y a un an.

Claude, 80 ans, n’est pas le dernier à s’affairer : c’est lui qui a eu l’idée de cet accueil pour les personnes sans abri. « On a le lave-linge, et on va bientôt faire construire trois douches. L’idée, c’est qu’ils puissent venir profiter d’un petit déjeuner pendant que leurs vêtements sont à la lessive, puis qu’ils prennent une douche s’ils le veulent, et récupèrent leurs vêtements propres. On a aussi des couvertures pour l’hiver qui approche. »

Christian, sans-abri, a entendu parler de cet accueil par une connaissance de la rue, dans un parc où il a ses habitudes. Le plus dur a été de pousser la porte, d’oser faire le premier pas. « Le Secours Catholique, on connaît de nom mais sans savoir vraiment ce qu’ils font. »

 

Ce matin, j’ai pu prendre un petit déjeuner, partager, discuter. Il y a des good vibes, ici.

Anouar, 24 ans

Ici, il a trouvé un accueil chaleureux, loin des regards qui jugent. Petit à petit, il se détend, baisse la garde et participe même aux discussions, livrant quelques bribes de son passé, de ce temps où il travaillait et n’était pas encore en marge de la société.

En face de lui, un tout jeune homme. Anouar n’a que 24 ans mais il connaît déjà les affres de la précarité et de la solitude. Sans emploi, séparé récemment de sa compagne, il n’a eu d’autre choix que de passer plusieurs nuits le long d’un canal, près de Valenciennes, « avec les rats ».

« Je ne connais personne, ici, ma famille est à Orléans. Les centres d’hébergement du 115 sont complets. Au Secours Catholique, ce matin, j’ai pu prendre un petit déjeuner, partager, discuter. Il y a des good vibes, ici… », conclut-il avec un sourire.

 

La confiance, c’est par là que tout commence.

Claude

Ce matin, après s’être remis d’une nuit difficile, il a été reçu à part dans l’un des bureaux de la permanence. L’aider à retrouver un logement est la priorité. En attendant, le jeune homme poursuit ses recherches d’emploi – il voudrait être magasinier.

Anouar n’est pas un cas isolé. « On a reçu récemment un gosse de 18 ans. Son père l’avait roué de coups avant de le mettre à la porte. Il est arrivé sans rien… », relate Claude en soupirant.

« Beaucoup de gens qu’on reçoit n’ont ni carte d’identité, ni carte Vitale, rien, poursuit-il. Sans papiers, rien n’est possible ! Mais l’administration fait peur, il y a de la méfiance… Il faut d’abord redonner confiance. La confiance, c’est par là que tout commence. »

 

Une politique d'association avec les personnes en situation de précarité

éclairage de samuel prieur, Délégué du secours catholique du pas-de-calais


« La grande problématique du Pas-de-Calais est celle des territoires ruraux marginalisés, avec notamment une population âgée et isolée qui peine à trouver des activités pour rompre l'isolement. Les pauvretés sont également liées à l’augmentation du nombre des familles monoparentales (un tiers de foyers monoparentaux), une évolution que l’on vérifie dans nos permanences.

Par ailleurs, on a beaucoup de mal à toucher les jeunes. Les régions lilloise et parisienne viennent chercher notre population jeune, avec d’autant plus de facilité que le bassin de l'emploi est sinistré et que le faible niveau de formation n'arrange pas les choses.

Aujourd’hui, nous maintenons le cap engagé depuis cinq ans : l’arrêt complet du distributif.

 

L'association avec les personnes : c’est l’enjeu du développement de nos actions.

 

Le pendant de cette politique, c’est l'association avec les personnes : c’est tout l’enjeu du développement des projets du Secours Catholique. Nous avons mis en place des “groupes d'appui d'association avec les personnes”, constitués d'animateurs, de bénévoles et de personnes en situation de précarité, qui viennent appuyer les équipes, leur donner de la méthode.

Le projet d’accueil pour sans-abri de Hénin-Beaumont a été construit dans cet esprit d’écoute des besoins et des souhaits des personnes. Tous les voyages en famille sont également organisés ainsi : les familles sont associées de A à Z, de l’élaboration du budget au choix des activités sur place. Résultat : chacun se sent impliqué et légitime. »

 

Marina Bellot
Crédits photos : © Patrick Delapierre / Secours Catholique