« Tournons la page ! » : le combat pour la démocratie en Afrique

Publié le 22/11/2017
Afrique
 

À l’occasion du Sommet Union européenne - Afrique qui doit se tenir les 29 et 30 novembre à Abidjan, la coalition d'associations « Tournons la page ! » (TLP) - soutenue par le Secours Catholique-Caritas France - mobilise dès ce jeudi, et jusqu'au 30 novembre, dans la capitale ivoirienne, son réseau de partenaires africains et européens. Au coeur des discussions, une préoccupation commune :  comment protéger les acteurs pro-démocratie de la société civile. Louise Avon, vice-présidente du Secours Catholique-Caritas France, est présente sur place.

La campagne « Tournons la page ! » est née le 15 octobre 2014 à l’appel de dizaines d’Africains et d’Européens : militants des droits de l’homme, intellectuels, artistes, associations…

Son objectif ? À partir d’une large alliance non-partisane regroupant surtout des membres de la société civile, mobiliser les citoyens et presser les autorités, sur les deux continents, de favoriser l’alternance démocratique en Afrique subsaharienne.

« Élections truquées, manifestations réprimées dans le sang »

Une urgence politique d’autant plus d’actualité que depuis 2015, martèlent les animateurs de la campagne, « les Constitutions sont manipulées, les élections systématiquement truquées, le verdict des urnes falsifié, les droits humains bafoués, de plus en plus d’opposants emprisonnés, des manifestations réprimées dans le sang, les médias muselés. » 

Les sept coalitions « Tournons la page ! » (TLP) actives au Burundi, Cameroun, Congo-Brazzaville, Gabon, Niger, République démocratique du Congo et Tchad, soutenues par les plateformes TLP Belgique et France - dont le Secours Catholique fait partie -, provoquent un sursaut citoyen.

La jeunesse, « mal dans sa peau, souvent analphabète et sans espoir de mener une vie décente, se lève désormais », soulignait en 2014 Paul Samangassou, ex-directeur de Caritas Cameroun.

Organisations d’Église, syndicats, rappeurs se parlent

Des acteurs aussi différents que des organisations d’Église, des syndicats, des rappeurs, des diasporas se parlent (300 associations et mouvements adhèrent à la campagne).

Par ailleurs, la montée en puissance de ces réseaux permet d’assurer une relative protection de leurs militants les plus exposés, dont la vie est menacée, et d’obtenir leur libération de prison, comme cela a été le cas au Tchad et au Niger.

« "Tournons la page !" doit maintenant porter davantage, dans ces pays, les questions de l’accaparement des ressources, de l’absence d’un État de droit et celle du développement », affirme Philippe Morié, responsable du pôle Afrique au Secours Catholique-Caritas France. 

 

Pour en savoir plus, voir le site de « Tournons la page ! »

 

Cameroun : les autorités veulent faire taire les activistes

Le pays est dans une impasse politique. Depuis novembre 2016, au nord ouest, la minorité anglophone proteste contre la « marginalisation » dont elle s’estime l’objet. Des dizaines de manifestants auraient été tués. Paul Biya est le chef de l’État depuis 1982.

« L’opposition, elle, est disqualifiée à force d’être associée à une gestion corruptrice du pouvoir », soulignait en 2014 le Camerounais Paul Samangassou, ingénieur conseil en management, ex-secrétaire général de la Caritas nationale. 

Les leaders de « Dynamique citoyenne » menacés

« Parler de l’alternance démocratique, c’est un sujet tabou, affirme aujourd’hui Jean-Marc Bokoko, membre de la coalition « Tournons la page ! ». Cinq élections sont prévues en 2018, dont la présidentielle, mais les autorités veulent surtout faire taire les activistes. »

À l’image de « Dynamique Citoyenne », réseau national de « suivi indépendant des politiques publiques » fort de 200 organisations (ONG, associations, syndicats…) : leurs leaders sont menacés depuis des mois par le pouvoir. Le report de leur procès, sans cesse repoussé, les maintient sous haute tension.  

 
« Tournons la page ! » : le combat pour la démocratie en Afrique

Agnès Metougou témoigne

 

Tchad : la main de fer du pouvoir

Après vingt-six ans de pouvoir le président Idriss Déby Itno a été réélu en 2016 pour un cinquième mandat à l’issue d’un scrutin contesté par l’opposition. Les députés tchadiens, investis en 2011, devaient se présenter en 2017 devant les électeurs mais le chef de l’État a reporté sine die les législatives.

La répression s’abat sur la société civile

La population doit affronter de nombreux obstacles : coût de la vie, corruption, frustrations énormes sur les plans politique, économique, social. Les citoyens se demandent comment les autorités ont utilisé la manne pétrolière et si l’alternance sera pour demain.

À cela s’ajoute la répression qui s’abat sur les organisations de la société civile, en particulier sur la plateforme citoyenne « Tournons la page » (TLP) créée voilà un an. « Malgré la main de fer du gouvernement, TLP a réussi, un temps, à paralyser le pays », se réjouit son coordonnateur national, Jacques Saham Ngarassal.

 
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Jacques Saham Ngarassal témoigne

 

Niger : surveillance des militants et opacité financière

Lors de l’élection présidentielle de février et mars 2017, le président sortant Issoufou Mahamadou s’est représenté seul devant les électeurs pendant que son challenger, Hama Amadou, était détenu en prison.

« Le camp présidentiel surveille les réseaux sociaux, scrute l’activité des militants de la société civile et n’hésite pas à les arrêter », pouvait-on lire dans l'hebdomadaire Jeune Afrique, en juillet 2017.

De fait, les militants dénoncent les arrestations et intimidations qui visent les opposants politiques, les élections truquées, la « Commission électorale nationale indépendante » dépendante du pouvoir, la justice instrumentalisée, le semblant de démocratie.

Recherche de l’opacité

Le 12 novembre, le Niger, l’un des principaux producteurs d’uranium dans le monde, s’est retiré de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), une organisation internationale qui lutte pour une meilleure transparence dans la gouvernance de ces industries.

« Si on quitte l’ITIE c’est qu’on recherche l’opacité », affirme Ali Idrissa, coordinateur national de la plateforme associative Publiez ce que vous payez.

 
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Maikoul Zodi témoigne

Yves Casalis, Département vidéo du Secours Catholique
Crédits photos : ©Élodie Perriot / Secours Catholique
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