Cultiver le collectif à Caluire

Publié le 20/09/2015
Rhône
Les jardiniers de Caluire
 

Collectif et solidaire : tel est le credo du jardin de Caluire-et-Cuire, situé en périphérie de Lyon. 20 jardiniers, bénévoles du Secours Catholique et personnes accueillies, s’y retrouvent toute l’année pour prendre soin de leur lopin de terre et de leur moral.

Rassemblés autour de la cabane à outils, au centre du long rectangle de verdure encadré de barres d’HLM, les jardiniers se concertent sur les activités du jour. « Cette moitié du jardin est collective, rappelle Alain, responsable du lieu, « on commence toujours par là avant de se consacrer à nos parcelles individuelles, de l’autre côté. » Car la particularité du jardin partagé de Caluire est de mettre l’accent sur le travail collectif et le vivre-ensemble.

Participer et partager

Un rendez-vous est donc fixé deux fois par semaine, les lundis et jeudis, de 14h30 à 17h30. Et la totalité des récoltes est répartie entre les personnes accueillies. Aujourd’hui, les cageots de haricots et la brouette remplie des dernières tomates de la saison feront des heureux. « En travaillant ensemble, on apprend beaucoup les uns des autres », confie Marlyn, très impliquée dans la vie du jardin depuis treize ans, avant d’ajouter en souriant que « les légumes sont bien meilleurs quand tout le monde en prend soin ! ».

Le terrain de 3 500 m2 est prêté par la mairie de Caluire depuis la création du jardin, en 2000. Il a été aménagé au fur et à mesure grâce à des subventions de la ville et à l’implication de ses jardiniers, notamment soucieux de cultiver “naturel”.

Francisque, agenouillé en bordure d’une parcelle, bricole le système d’arrosage automatique. Lui aussi vient donner un coup de main deux fois par semaine, depuis presque dix ans. « On a profité d’une subvention de la région pour installer le goutte-à-goutte, explique-t-il, satisfait. Tout le monde est ravi, ça économise presque 50 % d’eau tout en limitant les maladies des plantes, et les gens ont plus de temps pour s’occuper de leur parcelle. »

 

L’esprit de famille

« Outre le contact avec la nature, ces retrouvailles au jardin sont une véritable bouffée d’air frais pour ces personnes souvent isolées ou sans emploi, et certaines se connaissent depuis des années », explique Aurélie Farcy, l’animatrice de la délégation du Rhône qui leur rend régulièrement visite (voir Éclairage, ci-dessous).

C’est ce que confirme Fernand, jardinier mais aussi blagueur, en avouant qu’à son arrivée ici il y a trois ans, il était « tombé sur une famille ». « Pour nous, elle est ici, la maison de campagne », murmure-t-il.

Le soleil se cache derrière une HLM, laissant son ombre grignoter les plantations. Le calme ambiant est percé d’éclats de rire, ceux des jardiniers profitant d’un dernier moment avant de rentrer, cagettes de légumes frais dans les bras.

 

Éclairage

Robert Antoina, référent des actions collectives de la délégation du Rhône

Le travail en réseau entre les jardins est essentiel pour leur donner un second souffle.

« Le jardin solidaire de Caluire-et-Cuire a été le premier à naître dans la région du Rhône, qui en compte sept aujourd’hui, tous porteurs des valeurs du Secours Catholique.

À l’origine, ce jardin était un jardin d’insertion, avec pour but de favoriser d’abord le lien social entre les personnes accueillies, isolées, sans emploi ou aux faibles revenus. La parcelle collective est donc restée, mais sa gestion a évolué grâce à une réflexion plus participative, qui se fait avec les personnes accueillies.

Dans cette dynamique, nous travaillons actuellement à l’établissement d’une charte générale pour tous les jardins, eux-mêmes régis par un texte révisable chaque année par l’ensemble des jardiniers et les animateurs des jardins. Cela nous permettra de réaffirmer les valeurs porteuses de cette action, notamment le vivre-ensemble, mais aussi d’accueillir dans de bonnes conditions de nouveaux jardiniers, comme Gelbère, un Congolais arrivé à Caluire il y a moins d’un mois, et aujourd’hui très bien intégré.

En parallèle, trois rencontres annuelles sont organisées entre les différents jardins de la délégation, pour permettre d’échanger sur les thématiques de travail, mais aussi sur des savoir-faire. La dernière a d’ailleurs eu lieu à Caluire, fin octobre. »

 

Adèle Martignon
Crédits photos: Xavier Schwebel/Secours Catholique
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